L’armée belge (Brigade Piron) défile dans Bruxelles

L’armée belge défile dans la capitale.

La foule lui fait de délirantes ovations

Une réception chaleureuse à l’Hôtel de Ville

Les Belges qui combattaient avec l’armée américaine ont fait leur entrée à Bruxelles lundi après-midi.

Le général Eisenhower, chef suprême des armées alliées, a tenu à ce que les Belges fassent leur entrée dans la capitale de la Belgique, dès le premier jour de la libération.

Annoncée dès le matin du haut du balcon, de l’Hôtel de Ville, par les édiles, la nouvelle s’était répandue dans toute l’agglomération comme une traînée de poudre. Aussi une foule considérable s’était-elle portée vers la gare du Midi et les boulevards extérieurs pour voir défiler les gars de chez nous.

De loin, le défile ressemblait à celui de n’importe quelle autre unité américaine. Même équipement formidable, même étoile blanche sur les véhicules, avec cependant une petite différence : la cocarde tricolore au centre de l’étoile.

Et puis il y a certains détails qui permettent l’identification immédiate : le lion Belgique au bérêt et sur la manche droite près de l’épaule l’écusson aux couleurs belges, la tête de lion qui rappelle celle qui ornait le casque de nos soldats de 1940.

Aux gens qui leur offraient des cigarettes, ils répondaient : « non, merci, nous en avons plus que vous », mais ils réclamaient de la bière.

Mais à la guerre comme à la guerre.

La bonne humeur y était malgré la fatigue. Car les Belges roulant jour et nuit, arrivent du Havre devant lequel ils se trouvaient, étant sans doute à la veille d’y entrer.

Sur la route ils ont encore vu pas mal de Boches, mais ceux-ci n’ont aucune chance de revoir l’Allemagne avant d’avoir fait un séjour dans un camp de prisonniers.

Et que de scènes émouvantes sur le passage de nos soldats. Restant une heure à la même place, nous avons vu une vieille maman, connaître son fils, une femme retrouver son mari, et un motocycliste tomber avec sa machine dans les bras de son frère.

De temps à autre la D.C.A. tonnait contre un avion allemand qui persistait à vouloir regarder tout cela de très haut. Pendant plus trois heures ceux des nôtres qui ont maintenu la Belgique dans la guerre pour la Liberté ont défilé entre deux haies de Bruxellois délirants.

  • E.

Réception officielle

Le colonel Piron, qui avait quitté la Belgique en avril 1941 et avais mis neuf mois pour gagner l’Angleterre, se rendit ensuite, accompagné du major Poncelet et du capitaine Didistein, à l’Hôtel de Ville, où il fut reçu par le bourgmestre Vandemeulenbroeck assisté de ses collaborateurs. Parmi les personnalités citons au hasard de la plume, M. Putseys, secrétaire communal ; MM. Verhaegen, de Naeyer, Catteau, Foucart et Waucquez, échevins ; M. Brunfaut député et conseiller communal ; M. De Muyter, conseiller communal, tout récemment libéré ; M. Raoul Tack, président de la Presse bruxelloise et M. Edmond Ludig, vice-président du tribunal du commerce.

Assistaient également à la réception, le colonel Mac Alistair et le major Fortescue, entourés des représentants de la presse anglaise.

A 16h20. Le bourgmestre apparait au balcon de l’Hôtel de Ville et salue la population qui, massée sur la Grand’Place entièrement pavoisée, trépigne d’impatience. A côté de lui apparaît le colonel Piron. Les deux hommes se donnent l’accolade.

De débordantes acclamations se mêlent aux applaudissements frénétiques de la foule en folie, tandis qu’un chœur entonne la « Brabançonne » suis tout aussitôt du « Pipperary » et de « La Madelon ».

  • R.P.

Article de La Dernière Heure du 06 septembre 1944.