L’armée belge sous la Révolution Brabançonne 1787-1789.

La planche en couleur de Job [..] a été faite d’après la collection des uniformes des volontaires Brabançons et d’après des documents du Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Royale de Belgique, réunis sous ce titre : « uniformes des différents corps volontaires d’infantrie (sic) et de cavalerie fesant (sic) partie des divers Serments incorporés dans l’armée de Belgique en 1787 ». En voyant cette planche on pourrait croire à une réglementation minutieuse et absolue dans les troupes brabançonnes ; ce serait une erreur.

1° Dès 1787 l’opposition au gouvernement autrichien de Joseph II devint ardente ; la bourgeoisie de presque toutes les grandes villes prit les armes, des compagnies de volontaires se créèrent et les métiers se formèrent en brigades pour servir de garde aux Etats. A Bruxelles notamment, les syndics de 9 nations, les chefs-doyens des métiers et des notables se réunirent le 4 juin 1787, sous la présidence de l’agent des Etats et y décidèrent de renforcer les 5 Serments ou Gilden dont la force était limitée par des édits. On décida la formation de corps de volontaires et de les agréger aux Serments ; les patriotes furent invités à coopérer par des dons à la formation de cette milice citoyenne ; les Etats allouèrent à leur tour des subsides et l’on fit venir des armées de Liège. Bruxelles leva ainsi un ensemble de 1142 hommes. Cet exemple fut suivi à Gand et Anvers et bientôt toutes les villes du Brabant eurent leurs serments armés.

2° Ces troupes subsistèrent malgré les efforts et les ordres du gouvernement autrichien. Mais Joseph II ayant en juin 1789 supprimé les Etats, l’insurrection devint légale ; les chefs des patriotes réfugiés à Rosendael près de Breda déclarèrent la déchéance du gouvernement autrichien et appelèrent le Colonel Van der Mersch de Menin pour commander les troupes. Le tableau ci-contre donne la liste des corps organisés par Van der Meersch avec les couleurs de leur uniforme. Ce document de l’époque a été retrouvé chez un marchand de vieux livres à St-Josse-ten-Noode il y a une quinzaine d’années par M. Leconte qui l’a offert au Musée royal de l’armée belge actuellement installé au Palais du Cinquantenaire à Bruxelles. […]

Ces régiments se formèrent dans les villes, de novembre 1789 à août 1790. L’ensemble constituait en décembre 1789 une force de 6000 hommes environ. L’armée au début fut habillée comme elle le put ; elle manquait même d’armes. Van der Mersch essaya d’arriver à une certaine uniformité dont le tableau ci-contre donne la réglementation. Il fut emprisonné en avril 1790.

A côté de cette armée « régulière » on eut des quantités de compagnies de volontaires brabançons, d’Anvers, de Gand, 4 compagnies de Bruges, 8 compagnies de Mons (le tambour-major : Vicomte de Tallard est représenté sur la planche de Job), 1 compagnie de Namur, 1 compagnie de Tournai, 1 compagnie de Luxembourg, 2 compagnies de Louvain, des compagnies de Tirlemont, Diest, Ivignies, Ypres, Menin, Courtrai, Wetteren, Deynze, la Légion étrangère dite « le héros de Turnhout », les canonniers de Hainaut, les dragons de Brabant, de Gand, Mons, Louvain, Menin, Ypres, de Schoenfeld, les volontaires Liégeois, les hussards de Louvain, ect. Ces corps avaient été crées à la suite d’un arrêté du 17 juin 1790, permettant aux provinces d’organiser des formations de volontaires dans tout le pays.

3° Le 28 août 1790, un nouveau décret mobilisa les volontaires jusque dans le plus petit village pour « après la moisson ». Ce fut la nouvelle armée des « croisés » groupés en compagnies de 125 hommes. On réunit ainsi une troupe de 20.000 hommes rassemblés et amené par leurs curés, paysans armés de fourches, pour la plupart. Les officiers seuls portaient un uniforme. Après 15 jours d’instruction on envoyait ces soldats rejoindre le corps qu’ils ne firent que gêner.

Les Etats, plus occupés d’intrigue et des querelles de partis que de la défense du pays, laissèrent la malheureuse armée dans le plus grand dénûment ; après l’emprisonnement de de Van der Mersch, elle ne connut que des revers, les Autrichiens reprirent la Belgique avec autant de facilité qu’ils l’avaient perdues. Les troupes encore en service furent conduites à Gand et licenciées (fin novembre 1790) et Bruxelles ouvrit ses portes le 2e décembre 1790. En résumé, la période où il y eut un semblant d’uniformes fut la seconde (1789), c’est à celle-là que se rapporte la planche de Job. Ces volontaires sont ceux des serments. D’abord le timbalier des volontaires de Bruxelles (serment de Saint-Georges), puis le carnavalesque tambour-major des volontaires Montois, le fameux vicomte de Tallard dont on retrouve les traits dans ce costume sur plusieurs estampes du temps. Le tambour appartient au 4e régiment de West-Flandre (troupes régulières). Des études très poussées sur la Révolution Brabançonne ont été faites par le peintre d’histoire Van Imschot1 qui a passé la plus grande partie de sa vie à étudier les uniformes de cette Révolution. Il a peint très soigneusement une soixantaine de petits tableaux, au dos desquels il a mentionné ses sources et qui se trouvent exposés au Musée Royale de L’Armée Belge. Pour finir, voici la formule de congé d’un volontaire de Bruxelles, du serment de St-Georges existant à la Bibliothèque Royale de Bruxelles : « Moi, Jean Vanginderachter, citoyen de Bruxelles, dans les troubles survenus l’an 1787 pour la conservation de nos privilèges et de notre liberté, j’ai servi ma patrie en qualité de volontaire à mes frais et dépens, sous cet uniforme, affilié au Serment de St-Georges, et je laisse ce monument d’un vray patriotte en exemple à la postérité.

Texte du Capitaine E.L. Bucquoy, tiré du carnet le Passepoil n°1, 3e année.

Annotation : MDB

1 Jules Van Imschoot (Gand 1821 – Bruxelles 1884)