Le soldat inconnu en Belgique, son « choix » et son inhumation.

L’idée d’avoir un soldat inconnu en Belgique n’était pas le premier choix de l’État. La première idée date de la loi du 14 juillet 1919, cette loi prévoyait de créer à Bruxelles, un monument national pour tous les morts belges de la première guerre mondiale. Mais ce monument ne verra jamais le jour car aucune décision ne fut prise quant au choix de l’architecte, de la forme, ni de son emplacement. Le projet est définitivement abandonné sans même n’avoir jamais commencé1.

Le 11 novembre 1920, la France et l’Angleterre instaurent le rituel du soldat inconnu. La Belgique quant à elle n’a pas encore son monument, qui ne verra jamais le jour, mais elle ne veut pas non plus entendre parler d’un Jass2 inconnu non plus. Et ce malgré l’insistance des associations patriotiques et de la population. Finalement face à cette insistances et ses demandes pressantes, le gouvernement va céder et la décision sera prise d’inhumer les soldat inconnu sous la colonne du Congrès.

Après avoir pris ou ou avoir été poussé à prendre la décision, il faut « choisir » le soldat inconnu qui prendra place au pied de la colonne du Congrès. Ce choix c’est déroulé à la gare de de Bruges, le 10 novembre 1922, dans la salle d’attente de première classe transformée en chapelle ardente. Des tentures noires lamées d’argent, des palmiers et côte à côte, cinq cercueils de chêne clairs recouverts du drapeau national. Dans les cinq bières, cinq corps ayant combattu à Liège, Namur, Anvers, sur le front de l’Yser et lors de la bataille de la libération ou de la reconquête du pays en 1918. Ces cinq batailles disputées par l’armée belge, cinq tombes de militaire belges non identifiés choisies au hasard ont été ouvertes.

Les cinq cercueils en arc de cercle dans la chapelle ardente, séparés par une plante de lauriers. Deux officiers, deux soldats, deux grands invalides et des anciens combattants montent une dernière garde. C’est l’aveugle de guerre Raymond HAESEBROECK3 qui a l’honneur de désigner le cerceuil du soldat inconnu mais voici ce que le Soir dans son édition du 12 novembre 1922 relate : « […] Le ministre DEVELE, qui avait revêtu l’uniforme d’officier de réserve est arrivé de Bruxelles à 4h30, par train spécial […] s’adressant immédiatement à M. HAESEBREOCK, le ministre lui dit : « Je vous demande de déposer cette couronne – une petite couronne toute simple mais plus émouvante encore d’être si mince – sur le cercueil du soldat qui sera le Soldat Inconnu et que vous avez choisi ! » M. DEVELE ayant répété cette phrase en flamand, a pris l’aveugle par la main et lui fait toucher successivement les cinq cerceuils. L’aveugle, à voix basse a dit alors : » c’est le quatrième vers la gauche », et il a déposé sa couronne sur le cerceuil qu’il désignait. »

Pourquoi avoir choisi le 4e cerceuil de préférence à un autre, c’est la question posée par le général Longueville, présent à Bruges. Il existe deux version de la réponse donné par l’invalide de guerre et il est difficile de savoir laquelle est la véritable. La première semble être assez « mince » tandis que la deuxième est plus plausible. . Voici la teneur de la première explication, lors de son service militaire il a toujours appris : « en avant par 4, à droite par 3 ». La seconde version dit qu’en

défilant devant chaque cerceuil, il aurait pensé : « 1er division d’armée, 1er groupe, 1er escadron, 1er peloton » soit la 4e bière.

Ainsi sélectionné et désigné, le corps est placé dans un cerceuil spécial et lourd, en acajou orné de casques et de lauriers d’argent. Surmonté d’une grande croix, il verra défiler la population bourgeoise de 18 à 21h00., les autres bière recevant le même hommage. Elles seront quant à elles ensevelies dans le cimetière militaire belge de Bruges, le lendemain, 11 novembre 1922.

Le lendemain pour le soldat inconnu arrive par train en gare de Bruxelles Nord. Sa dépouille sera transférée sur un affût de canon jusque la colonne du Congrès. Le cortège funèbre comprend également le Roi Albert, le Prince Léopold, tous deux casqués, les missions militaires spéciales alliées, les parents des soldats belges tombés et non identifiés, des détachements en armes des armées américaines, françaises et britanniques. Sur le parcours, les anciens combattants, prisonniers et déportés forment la haie à droite, l’armée à gauche. Tandis que sur la place du Congrès, la Reine, la Princesse Marie-José, le Cardinal Mercier, les généraux, les mutilés de guerre attendent l’arrivée du cortège.

https://www.sonuma.be/archive/hommage-au-soldat-inconnu

https://www.youtube.com/watch?v=2lZ6zTdHyNQ

Sur place huit invalides de guerre dont quatre ayant perdus le bras droit et quatre autres le bras gauche auront partiellement la charge de transporter et de déposer la bière pour recevoir les honneurs.

Avant l’inhumation, le Roi attache sur un coussin de velours les décoration suivantes :

Croix de Chevalier de l’Ordre de Léopold avec palme,

Croix de Chevalier de l’Ordre de Léopold II avec palme,

Croix de guerre avec palme,

Médaille de l’Yser,

Médaille de la Victoire,

Médaille Commémorative 1914-1918.

Les chefs des délégations alliées y épinglent quant à eux les distinctions ci-après :

Croix de guerre française,

Croix de guerre italienne,

Croix de guerre polonaise,

Croix de guerre roumaine,

Croix de guerre portugaise,

United States Medal of Honor.

A 11h25 un coup de canon annonce la descente du corps dans la tombe et la dalle mortuaire est scellée avec comme inscription :

Ici repose

un soldat inconnu

mort

pour la patrie

1914-1918 

Hier rust

een onbekende

soldaat

voor’t Vaderland

gesneuveld »

A la création de la Croix de feu, le roi Léopold III épinglera celle-ci sur un coussin.

Voilà comment fut choisi et inhumé le soldat inconnu si vous recherches d’autres informations le soldat HAESEBROECK, connectez-vous sur notre base de données.

L’équipe Mémoire des Belges

1Stéphanie Claisse, D’une guerre à l’autre : Soldat inconnu et monuments commémoratifs belges, les cahiers nouveaux n°89, septembre 2011

2Les combattants des différents pays qui participèrent à la Première Guerre mondiale, furent baptisés de surnoms. Chaque nation avait, à l’époque, un surnom pour ses propres soldats. Pendant la guerre 14-18, plusieurs surnoms désignèrent le soldat belge. “Jass” (ou “jasse”, “jas”), “piotte”, “piou-piou” ou même “poilu” furent indifféremment utilisées par les anciens combattants belges dans leurs carnets de guerre. Durant l’entre-deux-guerres, le terme “jass” va s’imposer.

3Raymond HAESEBROECK (5 octobre 1892- 25 août 1951). Milicien de 1912 au 1er Esc du 3e Lanciers ou il était encore, en octobre 1917. Le régiment occupe le secteur de Dixmude. Un poste est détaché au Boyau de la Mort est tenu par 99 lanciers quand un bombardement s’y abat et HAESEBROECK sera le seul valide de l’équipe. Il se faufile jusqu’aux dernières lignes y rend compte et s’en retourne chercher un de ses camarades encore vivant. A peine a-t-il chargé celui-ci qu’un sharpnell tue le blessé et blesse le brave sauveteur de 42 éclats dont un lui enlève l’œil droit et un autre se loge au-dessus de l’œil gauche coupant le nerf optique et rendant aveugle.

Bibliographie.

– L’inhumation du Soldat inconnu, en 1922, article du Soir du 04/11/2011 – https://horizon14-18.eu/colonneducongres.html – Stéphanie Claisse, D’une guerre à l’autre : Soldat Inconnu et monuments commémoratifs belges, les cahiers nouveaux n°89, septembre 2014. – Le soldat inconnu, Racine n°2, 2e trimestre