Feldmarschall comte de Clerfayt

Il y a 287 ans naissait, dans nos provinces, un garçon qui deviendra un illustre Feldmarsall au service de l’Autriche, en voici une biographie rédigée par le colonel Guillaume.

C L E R F A Y T ( François-Sébastien-Charles-Joseph de Croix de Drumez, comte tendant à obtenir le titre de baron. DE) feld-maréchal, chevalier de la Toison d’or, grand’croix de l’ordre de Marie-Thérèse, conseiller aulique de guerre et conseiller privé, etc., etc., naquit le14 octobre 1733, au château de Bruille, commune de Waudrez, près de Binche dans le Hainaut et mourut à Vienne le 18 juillet 1798. Dès son enfance, le comte de Clerfayt se montra passionné pour la gloire. Trompant la sollicitude d’une tendre mère qui redoutait, pour le dernier rejeton de sa race, les hasards de la carrière des armes, il s’appliqua de bonne heure aux sciences qui devaient lui frayer l’étude de l’art de la guerre et, en 1753, après avoir triomphé des répugnances maternelles, il entra comme cadet dans l’armée impériale autrichienne; Six mois après, il était enseigne et bientôt la guerre de Sept ans vint lui offrir de nombreuses occasions de se faire remarquer. Il se distingua aux batailles de Prague, de Leuthen, de Hochkirchen, de Lignitz et parvint, pendant cette guerre mémorable, jusqu’au grade de colonel dans le 30e régiment d’infanterie wallone qui portait alors le nom de Saxe-Gotha. Il fut aussi un des premiers officiers de l’armée autrichienne qui reçurent la croix de l’ordre illustre institué en 1757 par l’impératrice Marie-Thérèse.

Le comte de Clerfayt fut élevé au grade de général-major en 1773; deux ans après, il reçut la propriété du régiment wallon de Los-Rios qui prit désormais le nom de son illustre propriétaire.

Pendant les années de paix qui suivirent, le comte de Clerfayt crut devoir se tenir éloigné de la cour autant que ses fonctions de chambellan le lui permettaient. Le système de gouvernement qu’adopta l’empereur Joseph II n’avait pas son approbation ; il vécut donc dans la retraite et son attitude vis-à-vis de la cour autrichienne engagea même les chefs du mouvement insurrectionnel qui se manifesta dans les Pays-Bas dès 1787 à lui faire les offres les plus séduisantes pour l’attirer dans leur parti. Mais, quelles que fussent ses répugnances pour les innovations que Joseph II voulait introduire violemment dans les mœurs nationales, le comte de Clerfayt, esclave de ses serments, repoussa les propositions qui lui furent faites et chercha même par ses conseils à empêcher une entreprise qui Iui paraissait aussi hasardeuse que pleine de dangers pour le pays. Peu de temps après, la guerre qui éclata entre l’Autriche et la Sublime Porte le rappela sur les champs de bataille. Ayant été nommé commandant d’un corps particulier avec le grade de feldzeugmeister (général d’artillerie) il se rendit dans la Haute Hongrie en 1789, chassa les Turcs de Mehadia (17 août) et concentra ses troupes dans une forte position entre Kraku-Omir et les hauteurs de Dialu-Ohni, sur la rive de la Bella Kika. Le 27 août les Turcs s’avancèrent en force dans la vallée et s’établirent entre Topletz et le mont Csaplia. Le lendemain, le général Clerfayt les attaqua vigoureusement à Schupaneck, les contraignit à abandonner leurs positions, en laissant sur le champ de bataille plus de mille tués, cinq canons et huit drapeaux ; enfin il les poursuivit jusque sous le canon de Neu-Orsova. Cette brillante victoire avait délivré tout le Banat de la présence de l’ennemi. Clerfayt manœuvra alors pour se rallier à l’armée principale du feld-maréchal Loudon ; il passa le Danube près de Pancsova et vint prendre part au siège et à la prise de Belgrade. Ses services furent récompensés par la croix de commandeur de l’or de Marie-Thérèse que l’empereur lui décerna proprio motu le 9 octobre 1789 ; ils lui valurent, en outre, pour l’année suivante le commandement d’un corps d’armée dans la petite Valachie et le cercle de Krain. Les Turcs étant passés sur la rive gauche du Danube, le général Clerfayt les attaqua impétueusement le 26 juin 1790, près de Kalefat. En moins d’une heure le sort de la journée se trouva décidé. Le carnage fut tel que 2,000 Turcs restèrent sur le terrain et que leur camp et seize drapeaux tombèrent entre les mains du vainqueur. La Valachie se trouva dès lors délivrée définitivement des attaques des Turcs et l’empereur Leopold II, sur l’avis unanime du chapitre de l’ordre, reconnut cet éclatant service en conférant au général Clerfayt la grand-croix de Marie-Thérèse (19 décembre 1790). Les guerres de la révolution française offrirent au général Clerfayt un plus vaste théâtre pour déployer ses talents militaires. Réuni à Beaulieu, il repoussa avec vigueur, dès le commencement de la guerre, les attaques des Français contre la Belgique ; il alla ensuite, avec un corps de 12,000 hommes, rejoindre le duc de Brunswick sur les confins de la Champagne et eut une part active à la prise de Longwy et de Verdun. Le 1er septembre 1792, il s’empara d’un poste important près de Stenai, força le passage de la Croix-aux-bois (12 septembre) ce qui décida la retraite de Dumouriez sur Châlons. Lorsqu’ensuite, le roi de Prusse et le prince de Brunswick évacuèrent le territoire français il couvrit avec beaucoup d’intelligence cette retraite, bien qu’il n’eût que peu de troupes à opposer à l’ennemi qui, avec des forces considérables, serrait vivement et de très-près l’armée alliée. Rentré dans les Pays-Bas par Arlon (24 septembre) le général Clerfayt marche avec célérité et arrive à Mons à temps pour assister à la bataille de Jemmapes. Il fit dans cette journée une défense héroïque. Avec sept à huit mille hommes exténués, il sut contenir les attaques impétueuses de la gauche et du centre de Dumouriez et lorsque, écrasé par le nombre, il dut enfin céder, il se retira avec autant d’ordre et de fermeté que la situation le permettait (Jomini, t.II, p. 225).

Après la bataille de Jemmapes, le duc de Saxe-Teschen s’étant démis de son commandement, le général de Clerfayt prit la direction de l’armée autrichienne qu’il conduisit jusqu’à Bergheim, dans le duché de Juliers. Cette retraite pendant laquelle il eut constamment à lutter avec des troupes affaiblies, non-seulement contre des ennemis plus nombreux, mais contre les éléments, lui fit le plus grand honneur. Il livra plusieurs combats , entre autre ceux de Raccourt (la 27 novembre) et de Herve (le 6 décembre) où il resta vainqueur et celui de Bergheim où il prit une position qui lui permit de nombreux retours offensifs contre les républicains ; enfin il cantonna ses troupe entre la Roër et l’Erft.

Le 1er mai 1793, le comte de Clerfayt investi du commandement d’un des corps de l’armée du prince de Cobourg, fondit sur les cantonnements français à Aldenhoven, les dispersa et contraignit l’ennemi à lever précipitamment le siège de Maestricht. Quelques jours après ces succès, fut livrée la sanglante bataille de Nerwinden (18 mars). Clerfayt y commandait l’aile gauche qui était opposée à l’attaque principale des Français. Son inébranlable fermeté y décida la victoire. Il ne déploya pas moins de valeur et de talent dans les combats de Quievrain et de Famars (23 mai). Enfin le Quesnoy, après une résistance opiniâtre, dut ouvrir ses portes.

L’année suivante le comte de Clerfayt fut chargé provisoirement, en l’absence de l’archiduc Charles, de l’administration et de la gestion du gouvernement civil des provinces belgiques qui n’avaient pas été envahies par l’ennemi, c’est-à-dire la Gueldre, le Limbourg et le Luxembourg (Bulletin de la commission royale d’histoire, 2e série, t.V, p.377). Il obtint outre la direction d’un corps d’observation isolé dans la Flandre occidentale et le Hainaut. L’infériorité numérique de ses forces (il n’avait que 25,000 hommes) l’obligea à adopter un système défensif qui lui permit d’opposer aux attaques des Français une résistance énergique. Toutefois après livré en peu de temps sept combats successifs sans recevoir aucun secours du prince de Cobourg, qui laissait battre en détail ses lieutenants et ne savait jamais arriver nulle part en temps utile, Clerfayt dut céder devant le nombre et se retirer sur Tournai. De cette place, il lia ses mouvements à ceux de l’armée principal du prince de Cobourg qui ayant perdu la bataille de Fleurus (26 juin) se démit définitivement de son commandement. Clerfayt le remplaça. Bien que son armée fut beaucoup inférieur en nombre, elle se retira dans le meilleur ordre, sans cesser de livrer à l’ennemi de sanglants combats, parle Brabant, sur la Meuse et ensuite sur Mühlheim où elle repssa le Rhin.

Pour la campagne de 1795, qui devait attacher un si grand lustre à son nom, Clerfayt fut élevé à la dignité de feld-maréchal et obtint le commandement en chef de toute l’armée impériale qui occupait une ligne immense sur la rive droite du Rhin, depuis Bâle jusqu’à Dusseldorf et communiquait avec l’armée de Wurmser établie sur le Haut-Rhin. Pendant presque toute la saison d’été, les armées ennemies restèrent immobiles en présence les une des autres, mais à l’entrée de l’automne (6 septembre) le général Jourdan passa le Rhin à Dusseldorf avec l’armée de Sambre et Meuse tandis que son collègue Pichegru franchissait le fleuve à Mannheim avec l’armée de Rhin et Moselle. Le succès de ces premières opérations engagèrent Clerfayt à se replier d’abord derrière le Mein, puis, ayant par d’habiles manœuvres rassemblé toutes ses troupes, il fondit impétueusement sur Jourdan, le battit le 10 octobre à Hoechst et le rejeta de l’autre côté du Rhin. Se retournant ensuite contre les 70,000 Français qui investissaient Mayence, il prit d’assaut, le 29 octobre, leurs retranchements réputés imprenables et défendus par 600 canons et les refoula d’un côté jusqu’à Bingen, de l’autre par Oppenheim jusqu’à Alszei. Enfin il remporta une troisième victoire le 10 novembre à Frankenthal et contraignit Pichegru à une retraité précipitée. Ces succès, dus au génie et à l’activité de Clerfayt, rendirent aux Autrichiens toute la rive gauche du Rhin, jusqu’à la Nahe d’un côté et jusqu’au Spessart de l’autre. Le 21 décembre, un armistice qui semblait devoir amener une paix avantageuse fut conclu et l’illustre héros de cette campagne classée ajuste titre au nombre des plus savantes des temps modernes, se rendit à Vienne (11 janvier 1796) où le peuple l’accueillit avec enthousiasme. L’opinion publique le considéra comme le sauveur de l’Allemagne ; l’empereur accompagné de l’archiduc Charles vint en personne lui rendre visite et lui remettre les insignes de l’ordre de la Toison d’or. Mais au moment où l’on décernait à ce général les honneurs du triomphe, le conseil aulique lui désignait un successeur dans la personne du jeune archiduc Charles. Cette disgrâce inattendue, inexplicable plongea l’armée et le peuple de Vienne dans un égal étonnement. Les uns attribuèrent cette résolution au mécontentement de la cour qui avait hautement improuvé l’armistice parce qu’il n’offrait pas les garanties désirables de paix ; d’autres la rejetèrent sur la jalousie qu’inspire ordinairement la trop grande popularité d’un général victorieux et accusèrent le ministère de vouloir des victoires sans en laisser le mérite à ceux qui les remportaient. Quoi qu’il en soit, le général Clerfayt entra au conseil aulique, mais sa santé ébranlée par les fatigues de la guerre et sans doute aussi par le chagrin que lui causa l’ingratitude dont on payait ses services, s’affaiblit insensiblement et le vainqueur des lignes de Mayence et de Franckenthal, mourut le 13 juillet 1798. La ville de Vienne lui fit élever au village de Hernaels, sa résidence habituelle, un magnifique monument funéraire avec une inscription rappelant que » la Flandre pleure un concitoyen qui faisait sa gloire, l’empereur l’appui de son trône, l’armée un chef adoré et la religion un de ses plus fervents sectateurs.

Le comte de Clerfayt unissait aux plus éminentes qualités du général et à l’inébranlable valeur du guerrier, les plus belles et les plus solides vertus du citoyen; loyal et intègre il haïssait la jactance et l’intrigue; il maintenait dans ses troupes une discipline sévère ; il savait récompenser l’honneur ainsi que l’accomplissement consciencieux des devoirs du service. Il était le père de ses soldats et se montra dans toutes les occasions plein de sollicitude pour eux : généreux et bienfaisant sa bourse était toujours ouverte aux officiers qui servaient sous ses ordres. Modeste, même dans ses habits, on le voyait néanmoins lorsqu’il allait au feu, en grand uniforme et décoré de ses ordres, disant que le jour de la bataille est un jour de fête pour le soldat.

Souce : Biographie nationale tome 4, 1878 – Clerfayt par Guillaume p. 146-151